29

— Écoutez-moi bien, toutes les deux, dit-elle sans quitter la route des yeux. À partir de maintenant, je prends la relève. J’y réfléchis depuis que je suis née et je sais exactement ce que nous devons faire. Est-ce que Granny dort, là derrière ?

— Comme un loir, répondit Mary Jane.

— Qu’est-ce que tu entends exactement par « prendre la relève » ? demanda Mona.

— Eh bien, tout simplement…, commença Morrigan, les mains nonchalamment posées sur le haut du volant (cela faisait un moment qu’elle roulait à cent quarante et, visiblement, aucun policier n’aurait pu l’en empêcher), je vous ai écoutées discuter et il me paraît manifeste que vous vous cantonnez à des détails techniques, disons moraux.

Ses cheveux emmêlés, d’un roux plus vif que ceux de Mona, couvraient ses épaules et ses bras. Et leur ressemblance troublante énervait Mona au plus haut point lorsqu’elle regardait Morrigan trop longtemps. Quant à sa voix, elle représentait un véritable danger. Morrigan s’était fait passer pour Mona au téléphone lorsque Ryan avait fini par appeler à Fontevrault. La conversation avait été hilarante. Ryan avait demandé à « Mona » avec tout le tact possible si elle prenait des amphétamines, lui rappelant gentiment que ce pouvait être mauvais pour le bébé, il ne s’était pas rendu compte une seconde que la jeune femme au débit accéléré qu’il avait au bout du fil n’était pas Mona.

Toutes les quatre s’étaient endimanchées, comme l’avait fait remarquer Mary Jane. En ville, on avait acheté à Morrigan une robe en principe longue mais qui, vu sa taille, lui arrivait au genou. Le col en V, très décent pour toute autre personne, lui faisait un décolleté vertigineux. C’était toujours la même chose. Mettez une robe simple à une fille sublime et flamboyante et elle devient plus voyante que du papier doré ou de la zibeline. Quant aux chaussures, une pointure de plus et il aurait fallu se rabattre sur des chaussures d’homme à lacets. On lui avait finalement trouvé des talons aiguilles et elle s’était mise à danser autour de la voiture pendant dix minutes avant que Mona et Mary Jane ne puissent l’attraper, lui dire de se taire et la faire monter dans la voiture. C’est alors qu’elle avait demandé à conduire en disant que ce n’était pas la première fois…

Granny, vêtue de son plus beau costume de coton, dormait à l’arrière sous une couverture bleu layette. Le ciel était bleu et les nuages superbement blancs. Mona ne se sentait plus mal du tout, Dieu merci. Juste faible. Lamentablement faible.

Encore une demi-heure jusqu’à La Nouvelle-Orléans.

— Quel genre de détail technique moral ? demanda Mary Jane. C’est une question de sécurité, tu sais. Et qu’entends-tu par prendre la relève ?

— Eh bien, je parle de l’inévitable. Je vais vous expliquer cela étape par étape.

Mona éclata de rire.

— Toi, maman, tu es assez maligne pour comprendre. Tu vois l’avenir avec tes yeux de sorcière. Mais toi, Mary Jane, tu persistes à jouer un rôle mitigé de tante revêche et d’avocat du diable.

— Tu sais vraiment ce que veulent dire tous ces mots que tu emploies ?

— Ma chère, j’ai ingéré le contenu de deux dictionnaires. Je connais tous les mots que connaissait ma mère avant ma naissance et une bonne partie du vocabulaire de mon père. Autrement, comment voudrais-tu que je sache ce qu’est une clé à pipe et pourquoi le coffre de cette voiture en contient tout un assortiment ? Bon, revenons-en au problème qui nous préoccupe : où allons-nous, dans quelle maison ?

Sans leur laisser le temps de réagir, elle répondit à ses propres questions.

— Selon moi, le problème n’est pas de savoir à qui est la maison. Amelia Street n’est pas une bonne idée car il y a trop de monde là-bas. Et même si c’est la maison de maman, d’une certaine façon, elle appartient en fait à Évelyne l’Ancienne. Fontevrault est bien trop loin et nous n’y retournerons pas. Un appartement est une cachette dont je ne supporte pas même l’idée. Je n’ai pas envie de vivre dans une boîte. First Street appartient à Rowan et à Michael, c’est vrai, mais Michael est mon père. First Street est donc ce qu’il nous faut. J’ai besoin de l’ordinateur de Mona, des papiers de Lasher et des notes prises par mon père sur le fameux dossier du Talamasca. Tout cela se trouve à First Street et Mona y a un accès autorisé. Enfin, pas pour les écrits de Lasher mais, là encore, c’est un détail technique. Je me réclame du droit du sang pour accéder à ces notes. Et si je trouve le journal de Michael, je n’aurai aucun scrupule à le lire aussi. Et inutile de vous mettre à crier, toutes les deux !

— Ralentis un peu, déjà ! cria Mary Jane. Et deuxièmement, ta façon de parler me donne la chair de poule.

— Et je crois qu’il faut réfléchir un peu plus sur tout ça, ajouta Mona.

— Vous avez suffisamment dit en ma présence que nous jouions à un jeu dont le nom est la survie, répliqua Morrigan. Et j’ai besoin de prendre connaissance de ces documents dans un objectif de survie. Or, First Street est vide, nous le savons, et nous pourrons nous y préparer au retour de Michael et Rowan. Donc, je décide que c’est là que nous devons aller, en tout cas jusqu’à ce que Michael et Rowan soient rentrés et que nous les ayons informés de la situation. Si mon père veut me bannir de la maison, nous trouverons un autre logement ou nous mettrons en œuvre le plan de maman : trouver des fonds pour restaurer Fontevrault. Vous me suivez ?

— Y a des armes dans la maison, Morrigan, dit Mary Jane. Ta mère te l’a dit. En haut et en bas. Tu vas faire peur à ces gens. C’est leur maison. Ils vont hurler en te voyant. Tu comprends pas ? Pour eux, les Taltos sont des créatures mauvaises qui veulent s’emparer du monde.

— Je suis une Mayfair, rétorqua Morrigan. Je suis la fille de mon père et de ma mère. Et au diable les armes. Ils ne pointeront aucune arme sur moi. C’est parfaitement absurde. Et vous oubliez qu’ils ne s’attendent pas à me voir. De toute façon, vous serez là pour me protéger et leur dire de ne pas me faire de mal. Et je vous prie de ne pas oublier que j’ai une langue pour me défendre et que cette situation n’a rien à voir avec les précédentes. Par conséquent, il faut que nous nous installions là-bas pour que j’examine tout ce que je dois examiner, dont ce fameux Victrola et la cour de derrière et… Oh, vous voulez arrêter de crier toutes les deux !

— Pas question que tu déterres les corps, cria Mona.

— Oui, laisse-les sous l’arbre, renchérit Mary Jane.

— Parfaitement, parfaitement. Je vous ai promis de ne pas déterrer les corps. Ce serait une très mauvaise idée. Morrigan est désolée. Morrigan ne le fera pas. Morrigan a promis à Mona et à Mary Jane. De toute façon, je me fiche pas mal de ces corps. Je suis la fille de Michael Curry et de Mona Mayfair. C’est ce qui importe, non ?

— Nous crevons de trouille, c’est tout, dit Mary Jane. Bon, si on retournait à Fontevrault…

— Non. Pas sans les pompes, les échafaudages, les vérins et le bois de charpente pour remettre cette maison en état. J’y serai attachée toute ma vie sur le plan sentimental, bien sûr, mais, pour l’instant, je ne peux pas y rester. Je meurs d’envie de voir le monde, vous comprenez ? Je ne peux plus attendre. De plus, Rowan et Michael sont rentrés et je veux une confrontation immédiate. Je suis certaine qu’ils me permettront de lire les dossiers, même si, secrètement, ils ont opté pour la solution de l’extermination.

— Ils ne sont pas rentrés, dit Mona. Dans deux jours, a dit Ryan.

— Alors, de quoi avez-vous peur ?

— Je ne sais pas, hurla Mona.

— Alors, ce sera First Street et je ne veux plus rien entendre à ce sujet. Il y a une chambre d’ami, non ? Je m’y installerai. Et je veux que toutes ces chamailleries cessent. De toute façon, je veux voir la maison construite par les sorcières. Vous n’imaginez pas à quel point mon existence et mon avenir sont liés à elle. C’est là que se perpétue la lignée à l’hélice géante. Si l’on s’en tient à l’essentiel, il est parfaitement évident que Stella, Antha et Deirdre sont mortes pour que je puisse vivre et les rêves prosaïques de ce mauvais esprit, Lasher, ont abouti à une incarnation qu’il n’avait pas prévue et qui se trouve être désormais mon destin. Je tiens à la vie et je tiens à mon point de vue !

— D’accord, dit Mona. Mais il faudra que tu restes tranquille et que tu ne parles pas aux gardes. Et tu ne répondras plus au téléphone.

— Oui, ta façon de sauter sur un téléphone qui sonne te donne un air complètement maboul, ajouta Mary Jane.

Morrigan haussa les épaules.

— Ce que vous n’avez pas l’air de comprendre, c’est que chaque jour m’apporte un flot d’informations nouvelles. Je ne suis plus la même qu’il y a deux jours.

Soudain, elle tressaillit et émit un petit grognement.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Mona.

— Les souvenirs. La façon dont ils reviennent. Maman, tu peux mettre le magnétophone en marche, s’il te plaît ? Tu sais, c’est vraiment curieux. Certains s’effacent et d’autres non. J’ai l’impression que ce sont les souvenirs de plein de gens. Des gens comme moi, je veux dire. Je vois Ashlar à travers les yeux de tout le monde… La lande est celle du dossier du Talamasca. Donnelaith. J’entends Ashlar le dire.

— Parle plus fort, je ne t’entends pas bien, dit Mary Jane.

— C’est à nouveau à propos des pierres. Nous ne sommes pas encore dans la lande mais près de la rivière. Les hommes font rouler les pierres sur des troncs d’arbres. Je vous dis que rien n’est dû au hasard, dans ce monde. La nature a sa propre vie et les choses se produisent inévitablement. Je dois vous paraître confuse. En fait, je veux dire qu’après le chaos et la souffrance de sorcières résistantes et méfiantes est venu le moment où cette famille doit devenir celle d’humains et de Taltos. J’ai des sensations vraiment singulières. Il faut que j’aille voir cet endroit. Et la lande. Le cercle est plus petit mais c’est le nôtre. Ashlar a consacré les deux cercles et il y a des étoiles au-dessus de nous. Ashlar veut que les bois nous protègent, qu’ils soient entre nous et le monde hostile. Je suis fatiguée. J’ai sommeil.

— Lâche pas le volant, dit Mary Jane. Décris-nous encore cet Ashlar. Il est toujours pareil ? Je veux dire, dans les deux cercles et les deux fois ?

— Je crois que je vais pleurer. J’entends la musique. Il faut que nous dansions quand nous arriverons là-bas.

— Où ?

— À First Street. N’importe où. La lande. La plaine. Nous devons faire une ronde. Je vous montrerai. Je chanterai les chants. Des choses épouvantables sont arrivées à mon peuple. La mort et la souffrance sont son lot quotidien. Seuls les plus malins y échappent. Ils voient les êtres humains tels qu’ils sont réellement. Les autres sont aveuglés.

— Ashlar est le seul qui a un nom ?

— Non, il est celui dont tout le monde connaît le nom. Il est comme un aimant qui attire les émotions de tous. Je ne veux pas…

— Calme-toi, dit Mona. Tu pourras tout écrire quand nous serons arrivées. Tu auras deux jours de tranquillité avant qu’ils ne reviennent.

— Et qui serai-je à ce moment-là ?

— Je sais qui tu es répondit Mona. Je le savais déjà quand tu étais dans mon ventre. Tu es moi et Michael et tu es autre chose de puissant et de merveilleux. Tu es aussi une partie de toutes les autres sorcières.

— Raconte, ma chérie, dit Mary Jane. Parle-nous de lui et de ceux qui font les petites figurines en craie. Raconte comment ils enterrent les figurines au pied des pierres. Tu te rappelles ce que tu as dit ?

— Oui, je crois. Ce sont des figurines avec des seins et un pénis.

— C’est la première fois que tu en parles !

— Ce sont des figurines sacrées. Il doit y avoir une raison… Je veux bien laisser les souvenirs s’effacer, mais pas avant d’en avoir exprimé l’essentiel. Mary Jane, tu peux attraper un Kleenex et m’essuyer les yeux, s’il te plaît ? Nous transportons la longue pierre jusque dans la plaine. Tout le monde va danser et chanter autour pendant un long moment, avant de monter l’échafaudage de troncs qui permettra de la dresser à la verticale. Chacun a fabriqué sa figurine. Elles se ressemblent toutes. J’ai sommeil et j’ai faim. J’ai envie de danser. Ashlar réclame l’attention de tout le monde.

— Plus que quinze minutes et on sera au portail de derrière, annonça Mary Jane.

— Tu ne dis pas un mot aux gardes, dit Mona. Je m’en occupe. De quoi te souviens-tu encore ? Ils apportent la pierre dans la plaine. Quel est le nom de cette plaine ? Dis-le dans leur langue.

— Ashlar l’appelle simplement « le plat pays » et « le pays sûr » ou « la verte prairie ». Pour le dire correctement, il faudrait que je parle très très vite et vous n’entendriez qu’un sifflement. Mais tout le monde connaît ces pierres. Je le sais. Mon père les connaît, il les a vues. Est-ce que vous croyez qu’il y a quelqu’un d’autre comme moi quelque part dans le monde ? En dehors de ceux qui sont enterrés sous l’arbre ? Je ne peux pas être la seule survivante !

— Calme-toi, mon ange, dit Mary Jane. Nous aurons tout notre temps pour le découvrir.

— Nous sommes ta famille, dit Mona. Ne l’oublie pas. Quoi qu’il arrive, tu es Morrigan Mayfair, je t’ai désignée comme héritière du testament. Nous avons les certificats de naissance et de baptême et quinze photos Polaroid au dos desquelles j’ai collé une déclaration sur l’honneur.

— Je ne pense pas que ce soit suffisant, dit Morrigan en fondant en larmes. C’est probablement irrecevable sur le plan légal.

Elles arrivaient à Métairie et la circulation devenait plus dense.

— Une cassette vidéo ferait peut-être l’affaire ? poursuivit-elle. Qu’est-ce que tu en penses, maman ? Non, en fin de compte, seul l’amour pourra triompher. Pourquoi parler de légalité ?

— Parce que c’est important.

— Mais, s’ils n’aiment pas…

— Morrigan, nous ferons une cassette à First Street dès que nous y serons. Quant à l’amour, tu l’auras, je m’en charge. Cette fois, tout ira bien, compte sur moi.

— Tu le crois vraiment ? Moi, je te trouve angoissée et un peu trop soucieuse d’éviter les regards indiscrets.

— Je t’aime. C’est la seule raison.

Des larmes jaillirent des yeux de Morrigan. C’était insupportable pour Mona.

— S’ils ne m’aiment pas, ils n’auront pas besoin d’arme, dit-elle.

— Seigneur ! trancha Mona de la façon la plus posée possible. Notre amour est suffisant et tu le sais très bien. Tu nous as et nous nous en sortirons quoi qu’il advienne. Tu m’entends ?

Elle observa la gracieuse gazelle qui pleurait derrière son volant. C’est ma fille. J’ai toujours été d’une ambition, d’une intelligence et d’un courage monstrueux et me voilà avec une fille monstrueuse. Quelle est sa vraie nature hormis le fait qu’elle soit brillante, impulsive, aimante, enthousiaste, hypersensible, pleine d’imagination et expansive ? Que va-t-elle devenir ? Pourquoi se rappelle-t-elle tous ces vieux souvenirs ? Qu’est-ce qui va se passer ? Oh, et puis, en fait, je m’en moque. On n’en est encore qu’au début et c’est tellement exaltant !

— D’accord, d’accord, intervint Mary Jane. Laisse-moi conduire, y a vraiment trop de circulation.

— Tu plaisantes, Mary Jane ? cria Morrigan en appuyant sur l’accélérateur pour doubler une voiture.

Elle leva le menton et s’essuya les yeux du revers de la main.

— C’est moi qui conduis, je ne manquerais cela pour rien au monde.

 

Taltos
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